Abolition du PEQ : des Ukrainiens seront forcés de quitter le pays
Camille Turgeon | 15 avril 2026
Le Programme de l’expérience québécoise (PEQ) permettait aux travailleurs étrangers temporaires d’obtenir la résidence permanente. La fin de ce programme met une croix sur tout espoir d’Ukrainiens de faire leur vie au Québec.
Les Ukrainiens qui ont fui la guerre ont été accueillis au Canada comme des immigrants économiques. Ils sont donc des travailleurs temporaires et doivent retourner dans leur pays à moins de présenter une demande dans le cadre d’un programme pour obtenir la résidence permanente.
Pour réussir la sélection du PEQ, les travailleurs temporaires devaient étudier, passer des examens, travailler depuis bon nombre d’années au Canada, et, bien sûr, parler français.
Or, la Coalition avenir Québec a aboli le PEQ en novembre 2025.
Certaines personnes, qui avaient accumulé 23 mois sur 24, ont vu leur parcours complètement chambouler.
« Je veux rester ici. Je ne veux pas quitter le Québec. »
Valentyna Nyedova, Ukrainienne installée à Gatineau.
Le gouvernement du Québec privilégie maintenant le Programme de sélection des travailleurs qualifiés, qui est fondé sur un système de points en fonction de critères, dont l’âge.
Plus un travailleur étranger est avancé en âge, moins il reçoit de points.
À 45 ans, les points tombent à zéro.
Une autre catégorie importante est l’éducation. La grande majorité des personnes invitées à obtenir leur résidence permanente ont étudié au Québec.
Pour les Ukrainiens, ce critère est presque impossible à obtenir.
Simplement étudier au Cégep de l’Outaouais coûte une fortune. Si, pour les résidents du Québec, les frais de Cégep sont en moyenne de 360 $ (selon les programmes), pour les étudiants étrangers, ils s’élèvent à presque 11 000 $.
Mince lueur d’espoir : le gouvernement du Canada a repoussé d’un an la date limite des permis temporaires. Les immigrants ukrainiens auront donc jusqu’au mois d’avril 2027 pour trouver une solution.
Selon la Me Soraya Blouin, avocate en droit de l’immigration chez Blouin Avocats, beaucoup d’Ukrainiens se dirigeront vers l’extérieur du Québec avec Entrée express, au détriment au Québec, soutient-elle, car ce sont de personnes hautement qualifiées qui parlent très bien français.
La fermeture du PEQ aura des répercussions à l’échelle de la province.
« La majorité de nos employées ont un statut temporaire au Canada, permis d’études, permis de travail ouvert, demande de refuge ou exil. Ce sont des employées qui travaillent à temps plein et occupent des postes permanents. Elles sont passionnées, avec de belles valeurs humaines et s’intègrent vite dans le système. Déjà le système de l’éducation souffre de la pénurie des employées (qualifiées et non qualifiées) avec tous les efforts nécessaires que le ministère de la Famille a déjà entamés à ce sujet : encourager les jeunes à choisir le programme au Cégep, la reconnaissance des acquis, l’équivalence des diplômes de l’extérieur du Québec, accepter les expériences qualifiées au Canada, diminuer le ratio 1/3 éducatrices qualifiées… Mais en avril 2027, le ratio retourne 2/3, et si les employées en statut temporaire quittent parce qu’elles n’ont pas été acceptées pour la résidence permanente, nous allons bien souffrir pour trouver des employés d’ici.»
Juliette El-Haj, propriétaire de la Garderie de la Marina
Avec les renseignements de Philippe Bessette.