La halte-chaleur Sanscartier ferme ses portes pour l’été

Camille Turgeon | 15 avril 2026

Des cris du cœur par et pour les plus vulnérables se sont fait entendre.

« Par respect et dignité pour la vie humaine, tous les usagers ici ont le droit de respirer la même air que tout le monde, de boire de l’eau propre, de se laver, merde. Scusez. D’avoir des toilettes où est-ce que c’est qu’on peut être en intimité, s’il vous plaît. Je suis obligée de coucher dans mon auto, crisse. Ça n’a pas d’allure. »
Marie, usagère de la halte-chaleur Sanscartier.

Selon les organismes, cette décision découlerait d’un manque de financement de la part du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) pour assurer les services d’intervention psychosociale.

Selon la mairesse de Gatineau, des services d’intervention psychosociale sont nécessaires pour le fonctionnement d’une halte-chaleur ou d’une halte-fraîcheur. Et c’est le CISSSO qui est responsable de ce volet.

Elle a affirmé avoir travaillé avec le CISSSO et lui avoir expliqué que la Ville voulait une halte pour les personnes en situation d’itinérance pendant l’été, mais que c’est maintenant dans les mains du CISSSO.

Le CISSSO précise de son côté que la fermeture estivale ne signifie pas une diminution des services, mais plutôt une adaptation de l’offre à la réalité estivale, soit une approche plus mobile et de proximité.

On indique que plus de 350 000 $ sont tout de même investis pour soutenir les services offerts dans le secteur.

Néanmoins, le conseiller désigné de Gatineau Ensemble, Timmy Jutras, avance que c’est plutôt la Ville qui assume le volet d’intervention psychosociale, affirmation qu’il fonde sur un appel d’offres de la Ville.

Les organismes communautaires estiment qu’une somme de 260 000 $ suffirait au maintien de la halte-chaleur pendant la saison estivale, ce qui n’est pas une grosse somme, selon le conseiller désigné de Gatineau Ensemble, Timmy Jutras.

Il demande ainsi à la Ville de financer la halte-chaleur. Il aurait déposé une lettre au conseil en ce sens lors de la séance du conseil municipal le 14 avril.

De plus, il a dénoncé la disparité entre les secteurs de la Ville de Gatineau. Il a expliqué que le site Guertin offrira une halte-fraîcheur cet été.

« Tant les personnes en situation d’itinérance qui sont à Buckingham, dans la rivière Blanche, dans le Vieux-Gatineau, dans Pointe-Gatineau, n’ont pas accès aux mêmes ressources, au même financement, aux mêmes actions de la ville que les résidents en personnes en situation d’itinérance qui habitent sur le site Guertin. »
Timmy Jutras, conseiller désigné de Gatineau Ensemble.

Importance de la halte-chaleur et halte-fraîcheur

Environ 15 personnes chaque jour se servent des services de la halte-chaleur Sanscartier.

La halte-chaleur offre un endroit où se réchauffer l’hiver, certes, mais également de l’encadrement, de l’aide et un toit.

« Les crises n’arrivent pas à midi, elles arrivent le soir, elles arrivent la nuit, quand les services sont fermés, quand la consommation augmente, quand la détresse devient trop grande. »
Annie Castonguay, coordonatrice des services en itinérance chez Réhabex.

Plusieurs usagers devront maintenant se tourner vers des tentes.

Selon Alexandre Gallant du collectif régional de lutte à l’itinérance en Outaouais, ce sont approximativement 866 personnes qui dorment dans les rues de l’Outaouais, dont 17 % qui ne sont pas en refuge. Ce seraient ces personnes qui fréquenteraient les haltes-chaleur.

Du côté de Québec, on mentionne que « le maintien de la halte, tel que souhaité par certains organismes », se traduirait par la création d’un deuxième refuge, soit des endroits qui « contribuent à ancrer ces personnes dans la rue, plutôt qu’à les accompagner vers des solutions durables ».

Marie, usagère de la halte-chaleur Sanscartier.

Avec les renseignements d’Amanda Moisan.