La santé mentale aussi importante que l’entraînement physique

Camille Turgeon | 3 février 2026

Détentrice d’une maîtrise en préparation mentale et membre de l’équipe canadienne de karaté, la préparatrice mentale Hana Furumoto-Deshaies préconise l’écoute du corps, l’introspection et le repos, des actions toutes aussi importantes que l’entraînement physique.

Divers événements ces dernières semaines ont ramené la santé mentale au premier plan dans le monde du sport.

En décembre, Linus Ullmark, le gardien de but des Sénateurs d’Ottawa, a annoncé qu’il prend une pause pour des raisons personnelles.

Puis, notre journaliste sportif, Yanick St-Denis, est allé à la rencontre de plusieurs athlètes de la région qualifiés pour les Jeux d’hiver qui ont glissé un mot sur leur préparation mentale.

À lire : Italie 2026 | Une fondeuse de Chelsea fera partie de la compétition olympique
À lire : Italie 2026 | De deuxièmes Jeux pour Antoine Cyr

Dans cette lancée, et dans le cadre de la Semaine de prévention du suicide, Yanick St-Denis a eu une discussion fort intéressante avec Hana Furumoto-Deshaies, karatéka et préparatrice mentale, pour discuter de l’importance d’écouter son corps et de prendre une pause.

Yanick St-Denis (YSD) : Hana Furumoto-Deshaies : karatéka, mais aujourd’hui, je te parle en tant que préparatrice mentale parce que dans les dernières semaines, ça a fait parler, surtout du côté d’Ottawa, avec les Sénateurs. L’histoire de Linus Ullmark, à laquelle tu t’es intéressée, tu as regarder ça, un peu. Lui, il a décidé de prendre une pause. C’est quoi l’importance de prendre une pause, de s’écouter en tant qu’athlète?

Hana Furumoto-Deshaies (HFD) : Oui, je pense que les athlètes devraient savoir s’écouter le plus possible, puis, en fait, de repérer les signaux rapidement.

C’est un peu un mythe de penser qu’il ne faut pas avoir d’émotions, qu’il faut tout refouler à l’intérieur, qu’on soit, dans le fond, des robots, parce que, au final, ça fait en sorte que, des fois, on peut prendre des pauses plus forcées ou il y a des événements, des circonstances de vie, qui font en sorte qu’on doit prendre une pause. Fait que, de réellement apprendre à se connaître, je pense que c’est l’élément le plus important.

Puis, savoir un peu que tu es comme une auto de course : tu dépenses énormément de gaz, d’énergie, mais c’est aussi de savoir comment remettre du gaz, puis aussi comment, des fois, pouvoir enlever le pied de la pédale pour dire « Heille là, en ce moment, peut-être de prendre une pause, c’est plus important, puis de revenir en force que de se forcer un peu, puis au final, c’est que ça prenne plus de temps revenir ».

YSD : Tu as été athlète toute ta vie. Est-ce qu’on t’as parlé de cette préparation mentale là? Est-ce tu penses que c’est encore négligé dans le monde d’aujourd’hui, au delà de la préparation physique?

HFD : C’est sûr que je pense que ça a fait du progrès. On parle de plus en plus de santé mentale, de préparation mentale, mais ça reste ce que je pense que dans – au niveau des athlètes, c’est comme un non-dit. « Ah bien, on accepte qu’on en parle en général, c’est accepté, mais tant que c’est pour l’autre. Si c’est pour moi, bien là », il y a comme encore, je pense, un peu de réticence à ça.

Puis pourtant, c’est l’aspect qu’il faut quand même ne pas négliger. Ce n’est pas juste un bonus, surtout pas à un plus haut niveau où ce que, bien, au niveau physique – tout le monde s’entraîne énormément au niveau physique.

Ce n’est pas ça tant que ça qui va faire la différence, mais c’est surtout qui va avoir mieux géré la pression, qui va être capable de mieux s’adapter, dans un tournoi très décisif.

YSD : Donc si on revient sur le cas de Linus Ullmark, qui décide de prendre une pause, prend son temps… Il y a des étapes à franchir. Il est revenu au jeu au cours de la fin de semaine. Ça a bien été. On se dit « OK, il doit être dans une bonne position mentale ». Quand est-ce que l’athlète sait que « OK, c’est le temps, je peux revenir, je pense que je suis correct »?

HFD : [Affirmation] Je pense qu’il y a un aspect à avoir bien sûr avec l’équipe de bien s’entourer pour avoir l’opinion des gens autour et de s’écouter soi-même aussi, écouter son corps, pouvoir avoir une certaine introspection.

Fait que sûrement qu’il s’est posé des questions par la suite de savoir « Comment je me suis senti. Est-ce que j’ai capable – j’ai été capable de regarder le match, puis de juste avoir le goût, même, de vouloir retourner sur la glace? » Fait que, il y a comme plusieurs aspects. Puis, c’est aussi de voir comment on peut décortiquer ça le plus possible en petites étapes.

Fait que, ce n’est pas nécessairement de faire le gros tremplin tout de suite, mais de voir avec les professionnels, entre autres, « OK, c’est quoi la prochaine étape? » Puis, à chaque fois, c’est vraiment d’avoir ce genre d’introspection-là, prendre le temps de s’écouter à travers les étapes.

YSD : Être un athlète professionnel, faire beaucoup d’argent, c’est beaucoup de pression. Il y en a des athlètes, je pense que tu te connais là-dedans, il y a beaucoup de pression pour ce que ça peut donner [rires] monétairement. Il y en a qui vont être aux Jeux d’hiver en Italie dans quelques jours à peine.

Comment tu arrives là, au pic, au sommet, pour performer en, peut-être une journée pour certains athlètes? Parce qu’il y en a qui vont dire « C’est comme une Coupe du monde, c’est comme un championnat du monde ». Mais les Olympiques, c’est plus gros que ça. Comment t’assurer d’arriver au sommet de ta préparation mentale?

HFD : Il y a l’aspect qu’on ne peut pas négliger : je pense qu’il n’y a pas de recette miracle. C’est vraiment la préparation.

Comme quand tu t’assoies avec ton préparateur physique, avoir un objectif de dire « hey, où ce que j’en suis, évaluer mes compétences physiques », c’est un peu la même – le même principe, je pense, qui devrait être en place pour la plupart des athlètes. C’est de voir, bien, « au niveau mental, où ce que j’en suis? Quelles sont mes forces, quels sont les les points plus à améliorer? »

Puis c’est là aussi qu’il y a un aspect mental de ne pas autant mettre sur un piédestal qu’est-ce qu’on s’en va faire, puis de voir un peu que la pression, c’est aussi une illusion. Parce qu’au final, ta job, c’est exactement la même.

Fait que, de pouvoir aussi s’entraîner le plus possible avec intention, en visualisant puis en sachant ce que tu t’en vas faire, puis en remarquant que, bien, à l’entraînement, c’est exactement finalement les mêmes choses que tu veux faire produire aussi dans un – dans une compétition d’autant d’envergure.

Puis de savoir aussi, il y a plein de choses, bien sûr, mais de savoir enlever les distractions le plus possible, de savoir sur quoi se concentrer.

YSD : Super intéressant. On va regarder ça en espérant que tout le monde s’est bien préparé mentalement. On va continuer de suivre Linus Ullmark aussi. Merci beaucoup, Hana.

HFD : Ça fait plaisir. Merci à toi.

Avec les renseignements de Yanick St-Denis.